Remparts et souterrain
 

La ville d'Haspres située sur l'ancien axe Valenciennes - Cambrai fut de nombreuses fois traversée par les différentes troupes d'invasion. Pour se mettre à l'abri, les moines de la prévôté utilisent tous les moyens à leurs dispositions : rempart, mur fortifié, fossé, dérivation de la Selle, etc... .

Les remparts

Les remparts
Les remparts, orientés vers le sud du village

Il est difficile de dater avec précisions l'origine des remparts, car les documents sur le sujet sont rares et parfois contradictoires. Froissart indique dans ses chroniques qu'Haspres est en 1340 entouré d'un large fossé d'où l'expression fossoyé.

Après la chute de Charles le Témèraire en 1477, Louis XI aurait voulu rattacher le Hainaut, dont Haspres faisait partie, à la couronne de France. Hélas, la province revint à Marie de Bourgogne, fille du Témèraire, qui épousa Maximilien d'Autriche. De cette union naquit un fils, Philippe le Beau, qui monta sur le trône de Castille. Haspres fit alors partie des Pays Bas espagnols et devint "ville espagnole" jusqu'à la prise de Bouchain par Louis XIV, en 1676 ... soit presque deux siècles plus tard.

Les remparts contruits sur la rive gauche de la Selle indiquent qu'il fallait se protéger de l'ennemie qui était français à l'époque. Une porte encadrée de deux hautes tours, appelée "porte de Naves ou porte Notre Dame" était établie rue de la balle (Waldeck Rousseau) pour permettre la sortie de la ville. Une ancienne gravure de Charles Laurent montre que cette porte était semblable à celle qui existe toujours à la sortie de Cambrai (deux tours reliées par une muraille, avec en son centre une porte permettant le passage). C'est sous la tour ouest qu'a été construit le souterrain.

Il est difficile de savoir exactement à quelle époque les remparts ont été élevés. On trouve cependant trace de leurs existances dans différents récits du XIV° siècle. Il ne s'agit pas là de véritables remparts de type muraille fortifiée, mais plutôt d'une élévation de terrain, hauts de 4 à 5 mètres et d'un épaisseur de 6 à 8 mètres.. Il n'y a dans la construction ni briques, ni grés ou pierres de taille. La terre nécessaire fut sans doute prélevée au pied même du remblait, ce qui créa un énorme fossé.

Comme l'historien Jules Duvivier, nous pouvons penser que ce fossé formé par les deux bras de la Selle, isolait le centre du village comme une île.

En 1592, des troubles éclatent à Haspres. En guise de représailles, le roi d'Espagne envoi dans la région des troupes commandées par De Fuentes. Entre temps Balagny d'une insatiable avidité, entreprend de lever des droits entre les vallées de l'Escaut et de la Selle. Pour faciliter son action, il place une garnison à Haspres et une autre à Neuville.

En 1593, Balagny à la tête de sa bande, incendie le village de Noyelles. Les pillards chargé de leurs butin se dirigent sur Avesnes le Sec pour finalement se replier sur Cambrai. C'est vraisemblablement cette année là que les Espagnols décident de fortifier Haspres en construisant les remparts.

Il ne s'agit pas ici de véritables remparts du genre haute muraille fortifiée, mais plutôt d'une élévation de terrain, haute de 4 à 5 mètres et d'une épaisseur de 6 à 8 mètres. Il n'y a dans la construction ni briques, ni grès ou pierres de taille.

Un document de 1749 mentionne : Le rempart de la ville dudit Haspres et les fossés dudit rempart à la main senestre allant à Cambrai encore existant audit lieu, et le surplus dudit fossé au profit de la massarderie du dit Haspres. Nota que le jardin des berseaux a été pris dudit fossé.

Le rempart était composé de plusieurs parties (SRC : Terrier de 1750):

- Le petit rempart du côté du ruisseau coulant de la fontaine, à la main droit allant à la piessante de couture de Bongré et les fossez du rempart tenant audit ruisseau de la fontaine.

- Le rempart du côté de la main dextre allant à Cambrai et les fossés

Une partie de cette élévation de terrain existe toujours, et peut être aperçu lorsque l'on emprunte la ruelle des remparts, situé en haut de la rue Waldeck Rousseau.

Dans les années 1980, un projet de promenade sur les remparts est envisagé. Imaginons quelques instants la vue magnifique de là haut ! Hélas le sol trop meuble s'effondre et le projet est abandonné. En 2008, le projet de promenade revient à l'ordre du jour, mais celui-ci est une nouvelle fois abandonné

Du haut des rempartsDu haut des remparts
Du haut des rempartsDu haut des remparts
 

Le souterrain du rempart

Le souterrain
Le souterrain

Dans l'écho de la frontière du 6 avril 1844, figure ce bref article : La commune d'Haspres est flanquée, vers le chemin de Cambrai, de vieilles redoutes et de débris de forts qui annoncent que jadis, elle fut un poste militaire, lorsqu'elle était le point milieu de la grande route de Valenciennes à Cambrai. On vient d'y faire une découverte qui peut jeter quelque jour sur l'histoire de cette ancienne commune. Sous les ruines d'un vieux chateaux, on a trouvé l'entrée d'un souterrain profond qui s'étend fort loin, et l'on a vu qu'a certaine distance, un mur fermait le souterrain. On se propose d'y faire des recherches plus actives quand l'eau sera retirée, car en ce moment, le sol de cette cavité est inondé à une hauteur de 50 centimètres.

En septembre 1913, le maire Jean Baptiste Marouzé décide de ré ouvrir le souterrain. L'événement à lieu le 21 septembre 1913, jour de la fête communale.

Pour accéder au souterrain, il faut soulever une dalle, puis emprunter un escalier d'une trentaine de marches qui s'enfonce à environ 7 mètres sous terre. Cet escalier en briques, voûté n'est pas d'origine, mais probablement construit en 1881 ou 1882 comme semble le présager les deux inscriptions gravées sur les murs : "Ouvrir le rempart en 1881" et "Dupuis Ernerst employé aux études du canal de Lille - le 25 aout 1882".

L'allée principale, d'une quinzaine de mètres de longueur est une galerie voutée en plein cintre. A la perpendiculaire de celle-ci se trouve tous les cinq mètres environ, d'autres voûtes donnant accès à des niches creusées à même la craie. Ces amorces de voûtes dans les carrefours sont nécessaires pour assurer la solidité de l'ouvrage. En revanche, nous pouvons penser que l'absence de revêtement dans ses niches signifie que l'auteur n'a pas eu le temps de terminer son oeuvrage. On relève plusieurs inscriptions à l'intérieur du souterrain : Dom Antoine De Contes après avoir fait ouvrir ceste cave et ici enté l'an 1655, Vierolimo et Veneciano accompagnées d'une date 1549.

"Cette grotte a été creusée par Don Antone De Contes en 1655"

 
Le souterrain d'Haspres
 

A l'origine, le souterrain du rempart était probablement une simple cave ou muche, creusée à même l'argile. Dans certaines habitations du village, il est encore commun de trouver dans les caves des départs de souterrain.

 
Le souterrain d'Haspres
 

Au moment des invasions, le souterrain servait à abriter une partie de la population ou encore de cache des biens de la prévôté. Certaines personnes précisent qu'il aurait pu servir de poudrière et de dépôt d'armes

En 1981, Guy Morelle et une poignée de passionné redécouvrent l'accès au souterrain. L'eau a malheureusement noyée en partie le lieu. Le souterrain est refermé et n'est plus pour le moment accessible.

Les carrières de pierres

Bien que la pierre d'Haspres soit moins célèbre que la pierre voisine d'Avesnes le Sec, des carrières souterraines de craie ont également été exploitées à Haspres. L'une d'elle a été retrouvée en 1998 à la suite de l'effondrement d'un puit, à la limite d'Avesnes le Sec. Il s'agit d'une carrière très ancienne comme l'atteste la lampe à huile et les savattes de carrier qui ont été trouvées. Deux autres carrières existaient également l'une exploitée par Appolinaire et Pierre Joseph BREUCQ , et l'autre par Monsieur Morelle - Grenier fabricant de sucre en 1877.

Sur la carte agronomique datant du début du XX° siècle, on peut lire : la craie à silex est utilisée à la fabrication de la chaux. On l'exploite route de Denain dans les carrières Henri Lestoile et J.Lestoile et le long du chemin de Valenciennes, carrière Gillot et Cacheux. Chaque maître de carrière possède son four à chaux (appelé également chauffour). L'un se situait un peu au dessus de l'actuel cimetière, route de Valenciennes.

Lors des travaux de redressement du chemin d'intérêt commun n°85, il est a noter que les agents voyer en ont profité pour combler et faire disparaître une ancienne carrière, très dangereuse pour les voyageurs.

Quelques mots sur la pierre dite d'Avesnes le Sec :

Louis Guichardin (1521-1589) dans sa description de Valenciennes apporte les précisions suivantes :

Entre Valenciennes et Cambray près du bon village de Happe, est un autre village nommé Avesnes le Sec : aupres et ez entours duquel on cave et tire cette belle pierre blanche tant recommandée par Léon Baptiste Albert Florentin au livre second de son architecture et laquelle pour estre près de ce lieu, on appelle Pierre d'Avesnes. Elle est aussi blanche que Marbre, et se met aussi facilement en oeuvre; d'autant qu'on la peut sier, et manier avec toute sorte d'instruments, sans la rompe, briser, ni faire esclarter, de sorte que on en fait de beaux ouvrages, en taille et sculpture : Mais pour autant qu'elle est de nature tendre et les eauës de pluye, les vents marins et gelées luy portent nuisance, les ouvriers afin que leur travail ne soit pas gast, ont inventé un moyen de la deffendre et fortifier avec de l'huyle, du verniz, et autres mixtions, qui luy donnent et font une crouste forte et de grande efficace pour resister a telles violences.


Sources utilisées :
- Article de Guy Morelle pour VDN du 31/12/1981
- Bernard Bivert, les souterrains du Nord - Nord Patrimoine Editions
- Terrier d'Haspres de 1749 et 1750
- Louis Guichardin (1521-1589) - Hainaut, Description de Valenciennes