Simonnot Godard
 

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L'exploitation des archives municipales m'a souvent ouverte des pistes de nouvelles recherches sur l'histoire de notre village. Quelques fois ces pistes restent ouvertes sans succès, et parfois celles ci a force de persévérance apportent quelques éléments de réponse. C'est le cas de l'article qui suit.

L'annuaire de commerce DIDOT-BOTTIN de 1884 signale dans la catégorie "Toiles et mouchoirs batiste" la maison Simonnot Godard, maison à Paris rue des sentiers. L'annuaire Ravet et Anceau pour l'année 1917 ajoute Maison Simonnot Godard (Joseph Simonnot Successeur). Cette maison est présente à Haspres au moins jusqu'en 1939, j'ignore son emplacement ainsi que sa date de fermeture, mais quelques recherches sur le sujet devraient permettre d'en savoir plus.

Historique

La maison Simonnot Godard spécialisée dans la fabrication de mouchoirs, batistes et linons, a été fondée en 1787 par Messieurs Beaurain, Godard et Bontemps. En 1830, l'entreprise est rachetée par Monsieur Auguste Godard. Les comptoirs d'achat sont installés dans le Nord à Cambrai, Valenciennes et Bapaume. C'est en 1869 qu'Auguste Godard cède l'entreprise à son gendre Victor Simonnot Godard. En 1886 que la société acquiert l'ancien hôtel de la marquise de Pompadour rue du sentier à Paris.

Devenue de renommée internationale, en 1889 Victor Simonnot Godard est désigné comme rapporteur du jury de sa classe à l'Exposition Universelle.

En 1909 les deux fils de Victor reprennent la direction de la société. En 1917, Joseph Simonnot, seul successeur fonde la SA des Etablissement Simonnot Godard, dont il sera président jusqu'en 1937. C'est son fils Emmanuel Simonnot qui reprend ensuite la direction, puis son petit fils François jusqu'en 1999 date à laquelle Benjamin Simonnot rachète l'entreprise familiale à son oncle.

Aujourd'hui, les établissements Simonnot Godard fabriquent à Caullery, des tissus pour chemises et services de table. La production de mouchoirs est quant à elle destinée essentiellement à la clientèle étrangère.

et à Haspres

Journal La CROIX du vendredi 27 juillet 1888

La reproduction de l'article paru dans le journal La Croix en 1888, est un véritable coup de publicité à l'égard de la maison Simonnot Godard.

 
Fêtes d'un mariage comme il faut
 
Un grand négociant fabricant de batiste, de la rue du sentier à Paris, M.Simonnot, mariait ces jours ci son fils, M.Joseph Simonnot, avec Mlle Bourgeois, fille d'un autre fabricant de Paris, et, suivant l'usage, en fêta cette union avec les amis.
 
Cela pouvait être tout. Mais M.Simonnot pensa que la joie devait s'étendre de la famille aux ouvriers de sa fabrique qui sont aussi ses amis. Et, quoiqu'il ne fût pas en relation immédiate avec eux, puisqu'ils travaillent dans le Nord, à Valenciennes, et surtout à Haspres, il leur annonça qu'il viendrait leur présenter les nouveaux mariés, au jour de sainte Véronique, patronne des tisseurs et qu'il les invitait, comme ses amis de Paris, à partager avec eux un repas de noces.
 
Il fut récompensé de cette bonne pensée, car à l'arrivée du train, la population d'Haspres, tout entière, vint à la gare recevoir avec de vives démonstrations extérieures, les patrons chrétiens qui comprenaient qu'il y a entre patrons et ouvriers d'autres liens que ceux de l'intérêt. Tout était pavoisé, les fleurs et les compliments abondaient, et l'église était comble pour la messe de sainte Véronique dont on fit le panégyrique.
 
Ensuite eut lieu le banquet, un banquet du Nord, c'est à dire indescriptible; mais ce que nous y relevons, ce sont les paroles de foi prononcées par M.Simonnot.
 
Au lieu des banalités d'usage, il a montré combien l'homme qui s'incline devant son Dieu, grandit; il trouve en la famille divine où il est admis, un Dieu, apprenti, soumis et modèle des devoirs les plus intimes de la maison et il trouve des leçons vraies qui ne ressemblent en rien aux pompeux discours du monde
 
Rendez à César ce qui appartient à César". C'est à dire : Soyez respectueux des lois de votre pays lorsqu'elles ne portent pas atteinte à la liberté de votre conscience, payez la part qui vous incombe dans les charges publiques. Rendez à Dieu ce qui appartient à Dieu. ce qui veut dire observez fidèlement, scrupuleusement les lois de Dieu et de son Eglise.
 
Maîtres, rendez à vos serviteurs ce que l'équité et la justice demandent de vous, sachant que vous avez aussi bien qu'eux un Maître dans le ciel.
 
J'interprèterai aussi cette pensée, Maîtres, vous qui êtes appelés à diriger vos semblables, vous avez charge d'âmes, vous devez vous intéresser sans cesse à ce qui touche les ouvriers qui travaillent pour votre maison, leur donner le bon exemple, et les encourager, par vos conseils, à suivre la voie souvent si difficile du devoir.
 
Serviteurs, employés et ouvrier, il vous dit : Soyez obéissants, c'est à dire : observez les recommandations qui vous sont faites, exécutez les ordres qui vous sont donnés.
 
A vous tous. Il vous dit : Aimez vous les uns les autres.
 
Le directeur de la maison de Valenciennes, qui porte bien son nom, M.Flamme, mit dans sa réponse quelques paroles à relever :
 
A cette occasion, je dois féliciter mes chers camarades d'avoir conservé cette union, en repoussant avec mépris, il y a quelques temps, les idées de ces meneurs, qui sont venus vous rendre visite plusieurs fois, pour vous enrôler dans leur association, le résultat de leur oeuvre n'entrainant avec lui que le désaccord entre les patrons et les ouvriers, les grèves, et la misère à leur suite.
 
C'est bien ici que notre jeune patronne devait venir chercher les témoignages de sympathie; car c'est à Haspres surtout que le nom Simonnot Godard doit être béni. Nous n'avons pas oublié 1870-71. En cette terrible campagne, au prix de grands sacrifices, M.Simonnot n'a jamais cessé de donner de l'ouvrage à ses ouvriers. Heureusement ce temps a fui. Les jours de tristesse ont fui. Aujourd'hui nous devons nous livrer à la joie.
 
On fit des cadeaux.
 
Nous ne pouvons pas insérer toutes les fêtes semblables, mais nous en citons une à titre de bon exemple.
 

Plusieurs traces dans les registres de délibération du conseil municipal

En 1905, nous trouvons la demande de Monsieur Simonnot (président de la société de secours mutuels), ayant pour objet : la fourniture, par la commune des imprimés destinés à la société de secours mutuels dite "Sainte Véronique". Cette demande rejetée par le conseil municipal, revient quelques temps après via la sous préfecture. Le conseil par 12 voix contre 3 et un bulletin blanc, rejette de nouveau la demande de Monsieur Simonnot, et déclare qu'il ne prendra cette dépense à sa charge que si elle est imposée par Monsieur le préfet. D'après la revue Le Nord Mutualiste, la société est fondée en 1908 à Haspres. Elle est baptisée : "Société de secours mutuels des ouvriers métallurgistes, agricoles et tisserands".

Dans la revue Nord Mutualiste

 
Le lundi 16 mars 1908 eut lieu, à 3 heures de l'après midi, l'assemblée générale de la société mutuelle de prévoyance Sainte Véronique d'Haspres.
 
Une centaine de membres sociétaires étaient présents, sous la présidence de Monsieur Simonnot.
 
Des rapports aussi instructifs qu'intéressants furent communiqués à l'assemblée par Messieurs Flamme, Mascart et Moreau, concernant la gestion des fonds de la société.
 
Monsieur G.Simonnot les résuma en constatant avec intérêt l'augmentation des membres honoraires et des membres participants, en montrant les heureux résultats des secours accordés aux infirmes. Il insista particulièrement sur l'avantage que les sociétaires trouvaient en faisant inscrire leurs femmes et leurs enfants comme membres participants.
 
Monsieur le curé d'Haspres intéressa ensuite vivement l'auditoire en lui adressant comme de coutume une allocution spirituelle.
 
La maison Simonnot Godard et fils a célébré le 8 janvier 1908, à Paris, le 120° anniversaire de sa fondation. Quel est le secret de cette longévité ? N'est il pas trouvé dans les relations toutes cordiales qui ont existé de tout temps entre les patrons et les ouvriers de cette estimable maison ?
 
La question sociale serait en bonne voie d'être résolue, si tous les ouvriers pouvaient, d'accord avec leurs patrons, fonder comme ceux de l'industrie textile des mutualités et recevoir des livrets de prévoyance pour la vieillesse.
 
 

Bon de caisse

Yves Jérémie, collectionneur et passionné de papier monnaie nous adresse le bon de caisse suivant :

Bon de caisse de la société Simonnot Godard

La période d'émission et les circonstances restent indéterminées. Toutefois nous pouvons raisonnablement penser que la mention Remboursable.......dés le rétablissement des moyens d'échanges avec les banques locales, milite en faveur d'un billet de nécessité 1870 ou 1914 ?

Yves Jérémie est l'auteur du livre Les billets de nécessité français de la guerre de 1870 - 1871 :

Pendant toutes les guerres et conflits (de la Révolution Française de 1789 à la Seconde Guerre Mondiale de 1939-1945 en passant par la guerre de 1870-1871 et la seconde guerre de 1914-1918), les pièces d'or et d'argent se cachent et la petite monnaie de cuivre et de nickel remplit son rôle de métal stratégique en étant ponctionnée. Alors, il faut improviser à tous les échelons; départements, communes, industriels et commerçants, pour ne pas paralyser le commerce local et le paiement des salaires des ouvriers.

Appelés Billets de confiance pendant la révolution, ces petits billets de remplacement prennent la dénomination familière de Billets de nécessité pour les trois autres conflits.

Société Mutuelle Sainte Véronique (1888)

Le journal, la Croix de Roubaix, nous relate la journée du 13 janvier 1913. Ce jour a lieu l'assemblée générale annuelle de la société mutuelle de prévoyance Sainte Véronique. A l'occasion de cette fête traditionnelle (sponsorisée par le patron Simonnot et le curé), une messe est organisée le matin par le syndicat des ouvriers tisseurs.

En début d'après midi, Monsieur Simonnot, président de la société, prononce son discours dans la salle du patronage en évoquant les bienfaits de la société et le bon bilan financier de celle-ci. A lieu ensuite, l'élection pour le renouvellement partiel du conseil ou sont réélus : Léon Flahaut (vice président), François Gossuin, Charles Massart, Louis Béra, Charles Mercier et Léon Noisette. A l'issue de l'assemblée générale, à lieu la remise des médailles d'honneur de l'association. Monsieur Mascart, directeur de la maison de Valenciennes, prononce ensuite son discours.

 
La société mutuelle Sainte Véronique
   
 
Photographie de Charles Laurent Canone d'octobre 1908.
 
 
Haspres - Genealegrand
© 2016 - Olivier LEGRAND