1916
 

 
Portail de la Grande Guerre à Haspres
 

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» La guerre d'usure
» Verdun
» Nouvelles des réfugiés

La guerre d'usure

Beaucoup de soldats sont tombés au champ d'honneur. Il faut sans cesse combler les vides laissés dans les rangs, et par tous les moyens ! Les plus jeunes classes sont appelées par anticipation. Les hommes d'âge mur sont également rappelés. Mon arrière grand père Jules DECORNET, père de famille, est réincorporé comme brancardier à l'âge de 36 ans.

A partir du mois de janvier 1916, les hommes de 18 à 45 ans doivent porter un brassard rouge au bras gauche.

Les réquisitions

Le 22 janvier 1916, pour assurer le ravitaillement du comité américain, l'autorité allemande réquisitionne les chevaux des cultivateurs de la commune (Caullet-Dupont, Taisne Alfred, Mutte Havet, Léon Taisne, Cornu). Les interessés demandent à être rémunérés pour ce service. Le conseil municipal après délibération, décide que tous les chevaux seront réquisitionnés à tour de rôle pour assurer le transport gratuit des denrées alimentaires et indique dans son compte rendu que l'heure n'est pas à la prodigalité, mais bien à la défense de la patrie.

Les réfugiés

Les populations des communes situées en zone de front sont évacuées de force vers les lignes arrières. Haspres reçoit régulièrement des refugiés dépourvus de toutes ressources. Certains sont malades et ne peuvent se soigner. La commune est chargée par la commendanture d'établir rapidement la liste de ses réfugiés (Nom, Prénom, Age, Ses et commune d'origine). Bien souvent ces malheureux sont incorporés par les Allemands dans des colonnes de travailleurs. Les malades peuvent être soignés au compte de l'assistance médicale gratuite.

De maigres ressources leurs sont accordées. Le 23 mars 1916, la commission de contrôle décide de modifier le montant du secours accordé aux évacués. Lorsque dans une famille, il n'y a qu'une personne adulte, lui accorder 1.21 par jours, 0.50 par enfant de moins de 16 ans à sa charge. Lorsque la famille se compose de plusieurs adultes, continuer à accorder à chaque adulte, 1 franc par jour et 0.50 par enfant. Cette mesure devra être appliquée pour le prochain paiement.

Dans les archives, nous trouvons cette lettre datée du 13 mars 1916 : Les soussignées, évacuées d'Angres et de Lens à Haspres, femmes de mobilisés, ont l'honneur d'attirer la bien veillante attention de Monsieur le Sous Prefet de Valenciennes, sur la triste situation qui leur est faite par suite de la réduction de leur allocation journalière. La rareté des vivres et leurs prix excessifs, notamment des pommes de terres les mettent dans l'impossibilité de pouvoir vivre et espèrent que leurs cas ser étudié avec tout le mérite qu'ils importe. Ils adressent à Monsieur le Sous Prefet de Valenciennes avec leurs remerciements anticipés, l'assurance de leurs meilleus sentiments. Ont signées cette lettre : Fréville Marie - femme Lherbier, Elise Hourdequin - femme Neuville, Petit Josephine - femme Biermeux, Marthe Delannoy - femme Lefebvre, Louis Galland - femme Copet, Florme Petit - femme Laurent, Marie Laurent - femme Coquerelle, Marie Pronnier - femme Clément, Mathilde Lasante - femme Lambert, Rachel Himbout - femme Decoupigny, Juliette Eluecque - femme Houillier, Louise Delanoy - femme Pruets, Berthe Mercier - femme Gautier, Philipinne Decoupigny - femme Vasseur, MarieDuriez - femme Louart, Lydie Leclerc - femme Deleury Désiré, Elise Decoupigny - femme Pau, Angèle ???? - femme Soirant, Leoncy Carrion - femme Bouchart, Elise Muchembled - femme Savary, Helene Verièpe - femme Six, Henriette Caron - femme Galland, Victoire Devacelle - femme Coumier, Irma Bruneel - femme Defoort, Blanche Bruneel, Marie Fonchart - femme Millon, Clémentine Dambriry - femme Mayeur.

Nous trouvons également en date du 12 mars 1916, une réclamation au sujet de son allocation de l'épouse Malnuit Charles (maréchal des logis au 9° Dragon en garnison à Eperney avant la guerre), évacuée d'Angres à Lens puis de Lens à Haspres.

Logement des troupes

Le 1 avril 1916, dans certaines communes et notamment à Avesnes le Sec, une indemnité est accordée au logement des troupes. Deux colonnes logent dans la commune depuis cinq mois, des frais inévitables sont occasionnés quotidiennement aux habitants qui logent ces troupes, par le chauffage, l'éclairage, le lavage et l'usure du linge. Le conseil municipal décide d'accorder pour le logement des troupes une indemnité établie sur les bases suivantes :
- 0,10 francs, pour chaque homme couché sur la paille
- 0,15 francs, pour chaque homme couché sur un matelas
- 0,20 francs, pour un homme couché dans un lit sans drap
- 0,25 francs, pour deux hommes couchés dans un lit sans drap
- 0,40 francs, pour un homme couché dans un lit avec drap
- 0,50 francs, pour deux hommes couchés dans un lit avec drap.

Fraudes

Dans ce contexte de privation, la fraude et le marché noir s'installent. L'abscence de commissaire de police spécial des chemins de fer, d'inspecteur des halles, foires et marché, accentue ce phénomène. Le 15 mars 1916, suite aux incidents récents, qui ont démontré l'existence à Haspres de nombreuses fraudes sur les denrées alimentaires, le conseil municipal nomme trois agents spéciaux : Mr Boucly - contrôleur des contribution indirectes à Valenciennes, Mr Girombert - directeur de l'octroi de Valenciennes, Mr Collot - commissaire de police à Douai.

La question du pain

Le 15 avril 1916, la qualité du pain laisse à désirer depuis quelques temps, le conseil municipal décide que les boulangers devront fournir exclusivement des pains de 1,417 kilos et exige le poids demandé, ainsi qu'une cuisson irréprochable.

Contributions de guerre

Le 6 juillet 1916, la commune est frappée d'une contribution de 166.045 francs.

Le 11 août 1916, le commandant PRIESS, rappelle que le troisième versement de la contribution de guerre doit être effectué pour le premier septembre. Les préparatifs nécessaires doivent être fait immédiatement. Dans le cas où l'obligation ne serait pas remplie, chaque commune sera punie de peine élevées.

Récolte de la cameline

Le 12 aout 1916, le conseil municipal, décide que la récolte de la cameline (plante oléagineuse) sera arrachée par l'équipe des chômeurs et rentrée chaque jour dans la cour de l'école par les petits cultivateurs non astreints aux corvées de ravitaillement. La cameline sera vendue à la botte aux habitants et à bon marché.

Pensions

Depuis le début de l'occupation les communes sont obligées de se substituer à l'état dans nombre de cas de dépense : versement des allocations à des veuves de fonctionnaires, allocation des secours aux titulaires de livrets de la caisse nationale des retraites pour la vieillesse, allocation chômage. Une ciruclaire du 20 septembre 1916, demande la création d'un service capable de recevoir provisoirement les réclamations des interessés, afin de constituer un dossier de suivi et leur permettre le versement trimestriel le montant de leur pension ou retraite.

Agriculteurs en difficulté

Le 28 décembre 1916, une lettre signée de l'ensemble des agriculteurs de la commune est adressée au Major de l'Etape de Denain. Celle-ci, indique que depuis le 12 octobre 1916, les agriculteurs ne sont plus payés des livraisons de lait, beurre et oeufs faites à la commandanture ainsi qu'au Lazareth.

Verdun

L'état major franco-britannique envisage de porter une attaque courant de l'été 1916 afin de rompre le front sur la Somme. Côté allemand, Falkenhayn, n'attends pas, il décide d'attaquer Verdun.

La bataille débute le 21 février 1916 par un violent tir d'artillerie. Aucun endroit au monde ne reçoit autant d'obus au mètre carré. L'infanterie allemande entre aussitôt en action. Pétain prend la direction des opération, un seul mot d'ordre côté français personne ne passe !. Fin février des milliers de camions empruntent la Voie sacrée afin d'acheminer sans discontinuer des troupes fraîches. Des combats acharnés ont lieu à Douaumont, au bois des corbeaux, le bois de la Caillette, au fort de Vaux, au fort de Fleury, la côte 304, etc..

Le sol de Verdun est labouré, raboté. Les arbres sont déchiquetés. Le paysage de Verdun n'est plus que désolation !

Au prix de lourde perte, les français tiennent bon. Falkenhayn se résout à suspendre l'offensive le 12 juillet.

Presque toutes les familles ont un ancêtre qui a fait Verdun. Rendons hommage à quelques soldats haspriens présent à cette terrible bataille :

Charles Lamand est né à Haspres le 30/07/1889, fils d'Augustin et Césarine Gilliot. Le 02/08/1914, il est incorporé au 347° RI. Le 09/09/1915, il est cité à l'ordre de son régiment Au cours d'une patrouille de nuit, son chef ayant été tué à ses côtés aux pieds des réseaux de fils de fer ennemis, a ramené son corps dans les lignes sans se soucier d'une fusillade ennemie, ni des fusées qui décelaient sa marche. Le 08/06/1916 il est blessé devant Douamont : contusions multiples consécutives d'un ensevelissement par éclatement d'obus de gros calibre. Le 24/09/1917, il est de nouveau blessé à Verdun. Le 09/01/1918, il est une nouvelle fois cité à l'ordre du régiment Soldat brave et courageux, a participé à de nombreux combats, se conduisant toujours d'une façon exemplaire, a été blessé aux attaques de Champagne. Il est nommé soldat de 1° classe le 13/04/1918. De nouveau blessé le 27/09/1918 par balle à la ferme Navarre. Il reçoit la croix de guerre avec 2 étoiles de bronze ainsi que la médaille militaire.

A Haspres, pendant toute la durée de la bataille, il est interdit de parler aux allemands des affaires de Verdun. Le manque d'information mine cruellement le moral de la population.

Nouvelles des réfugiés

Edition du 22/01/1916 - Rosalie Delmotte, 29 ans et Denise Delmotte, 6 ans toutes deux réfugiées à Montauban.(source : gallica - Journal des refugiés du Nord)

Edition du 01/07/1916 - Numa Perliez, soldat en bonne santé, serait heureux d'avoir des nouvelles de sa famille et amis.

Edition du 30/09/1916 - François Morelle, rue de la Vigne à Paris et Henri Cacheux, rue du Marais à Paris.(source : gallica - Journal des refugiés du Nord)

Fin 1916, on compte 252.000 morts côté Français.

 
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