Charles Laurent Canonne
 
Haspres vu par André JURENIL
 

Historien d'Haspres

En juillet 1875, Charles Laurent Canonne, obtient le diplôme d'études devant un jury d'examen siegant à Lille.

Entrepreneur, archéologue, historien local (parfois mécène) de notre village, Charles Laurent est l'auteur d'un livre très riche. Cet ouvrage intitulé "Histoire de la Franche ville d'Haspres" a été publié en deux tomes en 1934 aux Editions Maurice CARTON, et c'est devenu un document incontournable lorsque l'on s'interesse à l'histoire de notre village.

Comme le dit André JURENIL, autre grand auteur de la région : Monsieur Charles Laurent Canonne s'est au cours de sa vie et cela dès ses premières années, attaché aux destinées de son bourg natal à travers les ages. Il a interrogé les archives, lu les vieux chroniqueurs, fouillé le sol, déssiné les vestiges d'autrefois. Toute cette documentation représente un travail important.

En 1900 Charles Laurent à également contribué à la sauvegarde du patrimoine Haspriens, comme en témoigne la réedition de ce petit ouvrage fort rare intitulé "Histoire de la Fondation de la pruvosté de Haspres", composée en 1628 par Dom *** religieux de St Vaast ordre de St Benoist et pruvost dudit Haspres. Monsieur Laurent à ainsi publier des fragments dans les journaux locaux de l'époque.

Hélas Monsieur Charles Laurent décéde en 1934 dans sa 80° année, année de publication de son ouvrage sur l'histoire de la franche ville d'Haspres.

Sépulture de la famille Laurent Canonne

Extrait testamentaire

Les registres de délibération signalent quelques extraits du testament, établi par Maitre Hervieu, notaire à Valenciennes : Je légue à la commune d'Haspres une somme de 2.000 francs, qui sera employé en achat de rente sur l'éat français. Les revenus seront attribués à des veillards pauvres de la commune, un homme et une femme, désignés de la façon suivante : le conseil municipal établira la première année une liste de 5 vieillards hommes et une autre de 5 vieillards femmes, les plus méritants, nés à Haspres; un nom sera tiré au sort, sur chaque liste, le 14 juillet, et les bénéficiaires recevront chacun la moitié en argent des revenus le 10 août suivant, fête de Saint Laurent. L'année suivante, les non bénéficiaires de l'année précédente, et ainsi de suite. La 5° année le conseil municipal établira une nouvelle liste. Les noms de mes deux enfants avec dates, lieux de naissance et de décès, gravés sur une plaque de marbre blanc des membres bienfaiteurs de la commune, existante dans la grande salle de la mairie, comme suit : Charles Laurent - Haspres (1885-1897) et Nelly Laurent (1881 - Anzin).

La commission des finances emettra un avis défavorable à l'acceptation du legs avec ses conditions et propose de ne l'accepter que sans aucune charge.

Petite Biographie

Les Canonne sont originaires d'Avesnes les Aubert, et les Laurent de Vendegies, ou l'on trouve trace de Jacques né en 1668. En 1749, Jean Louis Laurent vient s'installer à Haspres et devient le propriétaire de l'auberge du Boeuf Muffé ou Boeuf Musé (source AGFH), ou encore Boeuf Musqué (source Guy Morelle), situé sur la route de Valenciennes.

Jean Louis epoux de Catherine Colbeau, exerce les professions de cabaretier (celui qui est autorisé à donner à boire et à manger dans sa maison à tous ceux qui s'y présentent) et de chaufournier (ouvrier travaillant au four à chaux).

L'auberge du boeuf musé

Haspres comptait autrefois de nombreux cabarets, auberges et hôtelleries fréquentés tant par les autochtones que les voyageurs de passage. Citons l'hôtellerie de la longue pierre située sur la place du poisse et halles aux grains (sans doute la Place Gabriel Péri), l'hôtellerie du Canard, l'hôtellerie du Cygne et l'auberge du boeuf musé.

L'article 253 du terrier de 1750 nous en donne la description suivante : Le jardin et héritage de Brigitte Lamotte, veuve de Jacques De Baillon, contenant une mencaudée de terre et laquelle a été pris dans les dit six muids de la ditte cense de Bongré et donnée en arrentement par le sus dit Monsieur de Carondelet prévost de la prévosté dudit Haspres, en 1727 et tenant audit Megueille, en 1730 la ditte Lamotte, en 1740 François Gossuin en action de Royenne de Baillon sa femme, en 1750 le sus dit Gossuins et tenant à deux ses aux dits six muids de la cense de Bongré et audit chemin allant dudit Haspres à Valenciennes.

L'auberge du "Boeuf" fut témoin de plusieurs faits dont l'un relaté dans le recit de NOMIS ecrit vers 1714 Un voyage en Flandre, Artois et Picardie, repris en partie dans le Tome II de l'Histoire de la Franche Ville d'Haspres.

Portail de l'auberge du Boeuf muffé à Haspres, rue de Valenciennes

Cette auberge située sur la route des postes appartenait en 1712 au sieur DE BAILLON (*) et fut transmise par voie de succéssion à Catherine COLBEAU, épouse de Jean Louis LAURENT.

Anecdote de NOMIS(*) intitulé "Repas de Prince", relaté dans le tome 2 de Charles Laurent

De Cambray à Valenciennes on passe par un village appellé Hâpre, éloigné de trois petites lieues de cette dernière ville, on y voit un monastère de religieux dépendant de Saint Waast d'Arras; c'en est une Prevôté, mot d'usage en nature d'Abbaye pour signifier un Prieuré d'église de ces religieux est partagé en deux : Le choeur est occupé par les moines et fermé de toutes parts. La nef sert d'église paroissiale, elle est assez malpropre. J'y remarquai une espèce de châsse en manière d'armoire avec deux volets ou panneaux sur l'un desquels est l'image d'une sainte du pays, laquelle me paroit avoir quelque rapport à Sainte Reine qui guérit de la galle et que l'on vénère en Bourgogne. Celle-ci s'appelle Saint Ernelle, au panneau opposé j'ay lû ces mots qui sont en forme de prière,

O fidele afligée de la Roigne et ripe et de langeur tourmenté.

La sainte est vétue en pélerine, on voit à un des piliers de la nef cette église un saint Jâques tenant d'une main un livre et de l'autre un chapelet à gros grains.

L'auberge où nous allâmes diner me donna occasion de faire une remarque bien différente : c'est sur une omelette qui a été faite dans Hâpre le 22 septembre 1712 par une personne d'une fort grande distinction dans le temps du siège de Landrecies; ni l'hôtesse, ni quique ce soit ne mit la main à la poêle. Ce fut Monseigneur le Duc de Bourbon qui voulut faire la cuisine; elle étoit assez facile à faire, il n'y avait que des oeufs au logis, ce Prince en cassa vingt cinq dans la poêle, il tourna l'omelette et en versa une partie dans les cendres, il fallut cependant que l'hôtesse en goûtat. Le Prince Charles de Lorraine et le Duc de Duras regardoient faire tout ce petit tripotage à Monseigneur le Duc. Je me suis fait raconter le fait par l'hôtesse même; l'enseigne de l'auberge dans Hâpre est le boeuf muffé mot du pays qui signifie je pense, orné de fleurs.

La rivière de Selles passe dans Hâpre, nous la traversâmes sur un petit pont. Il y a dans ce village des moulins à faire l'huile. Le chemin est uni depuis Hâpre jusqu'à Valenciennes.....

(*) Nomis est le pseudonyme de Simon, écrivain parisien, auteur du récit "D'un voyage en Flandre, Artois et Picardie en 1714".

Nous trouvons en 1727 un arrentement d'une mencaudée de terre ou est aujourd'hui l'auberge du boeuf, en faveur de Brigitte Lamotte, à charge de payer chaque année une mencaudée de blé et le quint denier.

Question au sujet du culte de Saint Ernelle

Le récit de notre voyageur parle de la présence de Sainte Ernelle dans l'église d'Haspres, or nous ne trouvons aucune trace de cette vénérée sainte dans l'histoire de notre village. Nous ne trouvons aucune trace de cette sainte dans les publications existantes sur Haspres. Erreur de notre visiteur ou oublie de nos historiens ?

Pour Bernard Coussée auteur de Légendes et croyances en Hainaut-Cambrésis, Sainte Ernelle ou Sainte Reinelde est née à Condé sur l'Escaut à la fin du VII° siècle. Elle est la fille de Sainte Amelberge et demi soeur de sainte Pharaïlde née d'un premier mariage. Elle est fêtée le 16 juillet, date anniversaire de sa mort mais, parfois confondue avec Sainte Reine l'abbesse de Denain. Jusqu'à la révolution française, les pélerins vénèrent des reliques de sainte Reinelde dans l'église d'Haspres contre la gale et les langueurs.

La famille Laurent

Un fils de ce Laurent Jean Louis : Augustin Laurent, embrassa la carrière ecclésiastique et devint curé doyen d'Etreungt et chamoine honoraire. Son neveu, Charles Laurent-Canonne, fut fabricant de toiles.

Augustin Laurent (1861-1865), naquit à Haspres, le 22 décembre 1823. Ordonné prêtre le 23 décembre 1848, il fut succéssivement professeur au collège N.D des victoires à Roubaix et, en 1859, de celui de Sainte Marie à Solesmes. Il fut nommé vicaire du Quesnoy, le 8 octobre 1855; curé de Flaumont, le 20 septembre 1857, et de Forest, le 22 juin 1861. Pendant son trop court séjour dans cette dernière paroisse, Mr Laurent fit particulièrement preuve d'un zèle intelligent pour la beauté de la maison de Dieu, comme nous avons eu occasion de le faire remarquer. Les belles qualités de Mr Laurent le désignaient pour une cure plus importante; il fut nommé, le 4 décembre 1865, doyen d'Etroeungt. Cette paroisse a eu l'avantage de posséder ce digne prêtre pendant 37 ans. Un des derniers actes qui ont le plus honoré sa carrière si bien remplie a été de conserver, aux enfants de sa paroisse, le bienfait de l'éducation chrétienne, par la création d'une école libre, lorsque la direction de l'école communale fut retirée aux bonnes relogieuses de Sainte Thérèse d'Avesnes. Parvenu à l'âge de 77 ans, Mr Laurent donna sa démission, le 30 juin 1900, et continua d'édifier la population dans la retraite qu'il s'était choisie à Etroeungt. Il s'y est éteint presque subitement, le 14 novembre 1902.

(*) Relevé AGFH (1664-1737) DE BAILLON Jacq (+ avt 28/04/1704), aubergiste du cabaret le Boeuf Musé marié à LAMOTTE Brigitte (° Cambrai La Madeleine)



Haspres - Genealegrand
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