Tissage COSSART
 
 

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Jadis, Haspres était une importante cité industrielle de fabrication de tissus. Outre les mulquiniers qui tissaient le lin dans leurs caves, plusieurs entreprises telles : BERA, COSSART, Georges et Fernand HERBIN, BERA-CACHEUX, Georges LEFEBVRE, ont occupée une place importante dans notre village.

Les grèves de 1889

Rappelons qu'a cette époque, l'employeur, n'occupait pas directement d'ouvrier dans son usine. Il fournissait aux ouvriers tisseurs (les mulquiniers) les éléments nécessaires à la fabrication du produit demandé. Les mulquiniers, revendaient ensuite leurs pièces à un tarif contracté par avance.

En 1889, le tarif versé aux mulquiniers fut l'objet de plusieurs contestations.

Le 27 février 1889, quatre cents ouvriers se sont mis en grève. Une réunion à laquelle assistait les patrons a été tenue par les grévistes. Des mesures ont été prises pour que l'ordre ne soit pas troublé. (src : Journal de Roubaix)

Le 28 février 1889, une partie des patrons a accepté le nouveau tarif présenté par les grévistes, ces derniers ont provisoirement repris leur travail. Quatre délégués ont été chargés de demander aux patrons de Cambrai, et de Solesmes leur adhésion au même tarif. Si ce tarif est accepté partout, la grève doit être considérée comme terminée (src : journal de Roubaix)

Face aux événements, Ernest Lestoille, maire de la commune, reçoit une délégation de 24 tisseurs, afin d'élaborer un nouveau tarif des façons qui sera présenté à l'acceptation des fabriquants de la région. Le nouveau tarif qui rentrera en vigueur le 21 mars 1889 est accepté par Napoléon Cossart en particulier.

Le 6 mars 1889, tous les tisseurs sans exception ont repris le travail. Les patrons ayant accepté les nouveaux tarifs fixant à 72 mètres la longueur des pièces de toile indistinctement et augmentant la pièce de 4 francs. (src : Journal de Roubaix)

Le 21 mars 1889, jour d'entrée en vigueur du nouveau tarif, Napoléon Cossart, refuse de respecter son engagement au prétexte que depuis, il a passé de nouveau marché et que par conséquent, il ne peut plus continuer à faire travailler dans les mêmes conditions.

Le 25 mars 1889, La presse titre : les ouvriers du tissage de Napoléon Cossart, se sont vu refusé une augmentation de salaire. Aussitôt, 300 d'entre eux se mirent en grève. Ils se dirigèrent vers la maison de leur employeur, où ils lancèrent des pierres et des pavés à travers portes et fenêtres. Afin d'effrayer les grévistes, Napoléon Cossart, tira plusieurs coups de revolver en l'air, sans blesser personne. Au final, Monsieur Cossart, consentit d'accorder aux ouvriers l'augmentation demandée. (src : L'avenir de Roubaix)

Le matin du 25 mars 1899, la commission des délégués de tisseur se rend à la mairie pour porter réclamation. Ernest Lestoille, transmet une lettre à Napoléon Cossart pour lui indiquer qu'une grève est sur le point d'éclater. La gendarmerie de Bouchain est aussitôt mobilisée sur les lieux.

Le garde Brouta reçoit oralement la réponse suivante de Napoléon Cossart : Dites à Monsieur le maire, que je ne vois pas la nécessité de faire une réponse écrite, que j'ai signé le nouveau tarif et que je m'y conformerai !

N'acceptant pas ces paroles, les ouvriers tisseurs s'engagent à reconduire la grève s'ils n'obtiennent pas un écrit de Monsieur Cossart.

Les gardes Brouta et Louvion se rendent à nouveau chez Monsieur Cossart. Celui ci, leurs fait la même réponse. Sur ce, les ouvriers tisseurs, agacés, ont déclaré que s'il en était ainsi, que la grève était terminée. Le soir même, quelques ouvriers se rendent chez Monsieur Cossart pour apporté leurs pièces. Les ouvriers ne reçoivent pas le salaire promis. En colère, les ouvriers endommagent l'habitation de leur employeur. Le soir même, Charles Morelle, adjoint au maire, se rend sur les lieux pour constater les faits et estimer les dégâts.

L'affaire se termine enfin dans le calme, après le consentement de Monsieur Cossart à régler conformément ses ouvriers.

Lors de la délibération du conseil municipal du 19 février 1890, le sujet revient. Napoléon Cossart, réclame que lui soit remboursé les dégâts aux principes de la loi que chaque commune est responsable des délits commis par force ou violence sur son territoire, etc... Au terme de la délibération, le conseil adopte la résolution de payer les 488 francs de dégât à Monsieur Cossart, estimant que les frais d'un procès serait probablement supérieur.

André Cossart

André Cossart est né à Haspres le 15/03/1897. Il est le fils de Napoléon et Aline Lagrue. Il s'intalle à Haspres comme tisseur de 1924 à 1989.

En 1984, la Voix du Nord, lui rend hommage dans un superbe article. Agé de 87 ans, M. André Cossart était à Haspres l'un des derniers grands témoins de l'industrie du tissage, y ayant été un demi siècle durant fabricant de tissus à la main. Ancien combattant de la Grande Guerre de surcroit, il jouissait dans le village de la plus grande considération.

André Cossart

André Cossart est issu d'une famille de tisserands. Il étudie à l'école de commerce de Lille et à l'institut technique de Roubaix. Il débute sa carrière comme contremaître dans une filature de coton roubaisienne.

Son arrière grand père travaillait dans le tissage, son grand père également et c'est donc tout naturellement qu'en 1924, âgé de 27 ans, il revient s'installer à Haspres dans la maison de son grand père. Il y développe au fil des années une fabrication de tissus à la main, de batiste, de nappe et de mouchoir d'une qualité que l'on ne trouve plus aujourd'hui. Pendant 3 à 4 ans de 1924 à 1927, il s'associe avec son frère Henri, qui quitte le tissage pour reprendre la pharmacie de son père à Haspres.

L'ouvrier vient à pied de Saint Aubert, Saint Hilaire ou Avesnes le Sec. Il vient chercher chez Monsieur Cossart, la chaîne, la trame, le coton ainsi que le cordonnet, le harnais et les canettes et ramene le tout chez lui sur sa brouette pour confectionner sa pièce de tissus dans sa cave.

Monsieur Cossart, se fournit en fil lillois et irlandais. Il emploie une cinquantaine de tisseurs à domicile qui une fois le travail terminé lui rapportent la pièce et reprennent une nouvelle chaîne.

Ancien atelier de tissage dans la rue de Villers

Monsieur Cossart produit une gamme d'environ deux cents modèles de toiles, mouchoirs, nappes qu'il envoie chaque semaine, par le train (qui traverse alors à Haspres), dans les plus belles boutiques Parisiennes.

Lorsque la Grande Guerre éclate, André Cossart n'a pas l'âge requis pour la conscription. Lorsque la région fut occupée, il rejoint la zone libre et s'engage dans l'artillerie. Il gagne ses galons de sous officiers à moins de vingt ans. A la fin de la guerre, il est décoré de la croix de guerre, et reçoit une citation à l'ordre de la division et la médaille militaire, puis plus tard la médaille de Verdun et celle commémorative de la guerre 14-18.

Il reçoit un jour une commande de drap de batiste pour la reine d'Angleterre. Malheureusement, la seconde guerre mondiale l'empêche de fabriquer cette commande.

Durant sa vie active, André Cossart est également président d'un syndicat professionnel de fabricants qui siège à Haspres.

En 1972, il cesse ses activités professionnelles. Il contine d'être un acteur de la vie locale et s'occupe activement de l'association des anciens combattants de la Grande Guerre. Il participe à toutes les cérémonies patriotiques, prononçant chaque année le 11 novembre un discours toujours renouvelé et toujours émouvant. Il n'oublie pas d'offrir à chacun des participants, comme à chacun des promus ou décorés, un mouchoir en batiste comme il en avait fabriqués.

Rendons un hommage à la famille Cossart, qui contribua à la renommée de notre village.

 
Haspres - Genealegrand
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